Mendiants Et Orgueilleux Critique Essay

L’orgueil dans l’infamie, la liberté dans la misère.

Posted by Victor Mourer on lundi, septembre 23, 2013 · 3 Comments 

Albert Cossery (1913 – 2008)

Cinq ans après la disparition d’Albert Cossery Les éditions Joëlle Losfeld) rééditent Mendiants et orgueilleux. L’occasion de revenir sur ce récit atypique et son dandy d’auteur.

Enseigner la vie sans la vivre était le crime de l’ignorance le plus détestable.”

17 octobre 2013

Albert Cossery est né en 1913 au Caire, où il a passé son enfance ainsi que son adolescence. Précoce, il commença à écrire dès l’âge de 10 ans, et finit par être révélé en 1940 par un premier recueil de nouvelles intitulé : Les Hommes oubliés de Dieu, qu’Henri Miller fit publier aux États-Unis. En 1945, il s’installa à Paris dans l’hôtel La Louisiane où ont également séjourné Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Paru en 1951, Mendiants et orgueilleux est son cinquième ouvrage.

L’intrigue de Mendiants et orgueilleux se présente ainsi : Un intellectuel dénommé Gohar, anciennement professeur d’Université, dégoûté de la culture occidentale et de la superficialité des valeurs qu’elle véhicule, décide de devenir mendiant. Sa mendicité, également doublée d’une toxicomanie au Haschich, le conduit à commettre un meurtre sur une jeune prostituée nommée Arnaba. Une enquête de police est ouverte, menée par Nour El Dine, un officier homosexuel qui finit par découvrir que Gohar est l’assassin mais, conquis par la sagesse de ce dernier, décide de se faire mendiant à son tour.

Ainsi, l’ensemble des personnages se trouvent au centre d’une enquête policière, qui n’est finalement qu’un prétexte utilisé par l’auteur pour dépeindre les bas-fonds du Caire. Cela permet également à Cossery de mettre en scène Nour El Dine, un policier autoritaire aux tendances homosexuels mal assumées, car en contradiction avec son image d’officier respectable, puissant et violent. En marge des principaux protagonistes se déploie une galerie d’individus plus étranges les uns que les autres: Un homme-tronc victime des accès de jalousie de sa femme, ou encore une tenancière de maison close prête à tout pour que son commerce, lieu du crime, reste ouvert.

Des Idées et des Hommes

Concernant l’intrigue, autant dire d’emblée que celle-ci n’est pas l’intérêt principal de ce livre, car elle se limite à l’histoire du meurtre d’une prostituée et du déroulement de l’enquête de police qui s’en suit.

Tout l’intérêt de ce livre réside dans ses personnages, qui sont davantage des idées dans des corps d’homme que des hommes épris d’idées. En effet, chacun des personnages représente en soi une idée, Gohar étant l’exception car il représente en réalité un état. Ainsi Yéghen représente la liberté, Nour El Dine la dignité, El Kordi la justice et Gohar l’état de paix. Or, ces personnages vont être amenés à se croiser, et les idéaux qu’ils symbolisent à se confronter.

De sorte que, l’idée sur laquelle est fondée le récit est celui de la dualité, le livre se présentant comme une confrontation entre deux mondes, celui des riches et celui des pauvres. Mais, et c’est là son intérêt, de cette confrontation se sont les pauvres, les miséreux qui sortent vainqueurs et ce, du fait que l’état de misère dans lequel ils vivent ne constitue pas un carcan, une prison, duquel il faudrait s’extirper, mais bien d’avantage un vecteur de liberté.

D’où l’explication que ces derniers ne fassent rien pour sortir de cet état de pauvreté. Ils ne cherchent pas à être dignes et honorables dans leur misère, au contraire, ils sont orgueilleux de celle-ci et la brandisse tel un étendard à la face de toutes formes de pouvoir, considérant qu’elle leur a offert la paix de l’âme en les débarrassant des valeurs futiles que sont la respectabilité et l’honorabilité.

Dès lors, le personnage de Nour El Dine, fort de son autorité et pétri de dignité, se retrouve impuissant face à Gohar ou encore Yéghen, qui échappent totalement à son échelle de valeurs. Il ne comprend pas pourquoi ces derniers, étant donné qu’ils n’ont rien, ne vivent pas dans le désespoir, la tristesse, les lamentations et ne cherchent pas à sortir de cette situation.

Pour lui et la classe sociale des bourgeois qu’il représente, la résignation et le travail acharné sont les seules réactions attendues des pauvres. Il ne comprend pas que pour eux la misère est vécue comme une libération. Ils n’ont pas à se préoccuper des apparences. Ils vivent et cela est suffisant pour leur bonheur. Ne rien posséder, n’avoir que son existence à défendre, n’est-ce pas au final un luxe ?

Ne rien posséder, n’avoir que son existence à défendre, n’est-ce pas au final un luxe ?

Il y a donc deux visions de la misère qui s’opposent dans ce livre. Celle des nantis, qui perçoivent la misère comme une maladie qui s’immisce dans chaque recoin de l’être, devenant un élément identitaire en soi et impliquant l’obéissance. Et celle des pauvres eux-mêmes qui conçoivent la pauvreté comme une libération, un état d’allégresse et d’insouciance dépourvu d’apparats. D’où l’incompréhension de Nour El Dine et la phrase d’Albert Cossery:

Cette misère inaliénable, ce refus de participer au destin du monde civilisé recelaient une telle force que nulle puissance terrestre ne pourrait en venir à bout.”

Possessions matérielles et superficialité

Ainsi l’on observe une séparation nette des valeurs entre les miséreux que sont Gohar et Yéghen et les tenants de l’ordre établie dont le plus représentatif est Nour El Dine, le policier drapé dans sa dignité et son honneur et abusant de sa fonction.

Néanmoins le personnage d’El Kordi, dont le moindre des sentiments est empreint d’un romantisme artificiel, occupe une place très particulière dans cet ouvrage étant donné qu’il représente le trait d’union entre le monde bourgeois et le monde des nécessiteux.

Ce révolutionnaire dans l’âme, qui rêve de donner sa vie pour une catin touchée par la phtisie, est l’image emblématique de cette dualité, car tout en étant bourgeois, il éprouve le besoin de vivre dans la pauvreté. Il méprise toute forme d’autorité considérant, à juste titre, que c’est un régime autoritaire et dans le même temps il travail au sein de l’administration. Seulement, aussi bien son désir de sacrifice pour une cause qui le dépasse, que sa volonté de vivre dans le dénuement, sont artificiels.

Il n’est révolutionnaire que dans les paroles et lorsqu’il s’agit de passer aux actes, en l’espèce cambrioler une bijouterie afin de sauver sa bien aimée contrainte au triste sort de prostituée, il est prit de peur et ne pense plus qu’à faire l’amour avec une passante qu’il vient de croiser…Elle-même catin.

D’ailleurs, et c’est là un aspect saisissant du renversement des valeurs qui s’opère entre les deux milieux que sont les riches et les pauvres, il ne trompe personne chez les miséreux. Ceux-ci, à commencer par sa pute attitrée, savent pertinemment qu’il n’est que mots. Ce sont seulement les bourgeois, les fonctionnaires, et les policiers qui voient en lui un subversif, prêt à tout pour ses idéaux.

On observe en outre cette dualité dans le lieu même qu’occupe le récit, avec deux parties de la ville complètement opposées représentant d’un côté les riches, de l’autre les pauvres. D’un côté les cosmopolites, de l’autre les indigènes. Ainsi, la ville elle-même symbolise cette séparation entre la superficialité et la vérité, entre l’artificiel et le vrai qui recouvre tout le récit. D’un côté, il y a la partie cosmopolite de la ville, où vive les riches et dont les bâtiments eux mêmes, que se soit les maisons prétentieuses, les trottoirs parfaitement rectilignes où encore les boutiques flamboyantes par leurs étalages de richesses ne correspondent à rien de sincère.

Y règne une pesanteur qui se ressent à chaque ligne, reflet de sentiments vils exprimant les calculs, l’envie et la méfiance auxquels les habitants sont en proie. De l’autre côté se trouve la ville indigène, simple, légère de part sa joie de vivre et son insouciance d’être.

Au final ce texte contient en son sein une question: la possession matérielle fait-elle la richesse morale d’un individu ? Et la réponse est non. Ce livre se présente ainsi comme un violent réquisitoire contre le matérialisme et la superficialité qui en résulte, et dans le même temps, il délivre un message fort: la paix, la liberté de l’âme ne passe pas par le progrès et l’accumulation des richesses mais par un état d’esprit qui peut très bien être trouvé dans le dénuement le plus extrême.

On comprend mieux pourquoi à la question : “Pourquoi écrivez-vous ?”, Albert Cossery répondait : “Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain.”

  • Mendiants et orgueilleux, Albert Cossery, Editions Joelle Losfeld, 2013, 214 p., 12,5 euros.

Victor Mourer

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Victor Mourer

« – Les hommes, dit Hemingway, deviennent des intellectuels pour échapper au désespoir. – Les hommes deviennent des intellectuels pour échapper à la peur, non au désespoir. » (Bukowsky). Vous savez désormais pourquoi je lis, et pourquoi j’écris.

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The now famous water bottle shot.

Much to the surprise of Downton fans everywhere, our favorite show has been getting some unexpected press this week.  Known for their attention to historical accuracy,  sharp eyed fans were aghast when a plastic water bottle was spotted on the Crawley  mantle in a Season 5 promotional photo released on Instagram.  The photo has since been taken down, but has the damage was already done.  It has since made the rounds on social media and broadcast news shows across the country. Alastair Bruce, the show’s historical advisor, will certainly have been in a huddle with Julian Fellowes over this slip up.  Even if they have a bit of egg on their face, in the end though, there is something to be said for the saying “there is no such thing as bad publicity”.  In fact, lemons have now been turned into lemonade as the cast has now posed in a fun photo to help support the UK agency WaterAid. 

Speaking of eggs, today’s dish is a simple one: poached eggs. Poached eggs are easy to make and keep for a larger group for your weekend brunch.   It is one of those dishes that Mrs. Patmore would have taught Sybil once she mastered boiling an egg.  I make them almost every week for Lord D, and it is one of the 220 recipes in my book, Abbey Cooks Entertain, but for some reason I have not shared it here.   A simple dish, all you need is fresh eggs, a pot of water, a bit of vinegar and 4 minutes.

Downton Dish

Isis finally earns a spot in the S5 Portrait

UK fans only have to wait a few more weeks for Season 5, (Sept. 14 on ITV), but North America will have to wait until Jan. 4 for the release on PBS.  Keep an eye out for our favorite actors at the Emmys at the end of this month.  In the meantime, here is the latest dish on Downton:

Bottled Water at Downton: A History of Perrier

1910 Advert

While a plastic water bottle would never have been seen in any of the great English country homes during this period in history, water in glass bottles certainly was.  The upper classes took to Louis-Eugène Perrier’s “champagne of table water” in a big way. Taping into the trend to visit spas on the Continent for health purpose and an increased interest in athletic pursuits, companies just as Perrier and Scheweppes brought out products which we still enjoy today.

A brief history of Perrier from Perrier.com

1898 – Introducing, Louis Eugène Perrier

A doctor, politician and fervent champion of the virtues of thermal springs, Perrier bought Etablissement Thermal de Vergèze, which he renamed the Société des EauxMinérales, Boissons et ProduitsHygiéniques de Vergèze… The good doctor then devoted himself to developing a hygenically sealed glass bottle to hold and transport water that contained three times its volume in gas.

1903 – Love at first sight for an English Lord

It was a huge challenge selling water to the French, who drank mainly wine. Suffering from a lack of funds, Perrier met St John Harmsworth. In 1903, Harmsworth bought the doctor’s shares and re-named the spring after the man who had done so much for the spring. Harmsworth then designed the iconic shape of the Perrier bottle, drawing his inspiration from the Indian exercise clubs that he used to keep in shape.

1905 – Purveyor by Appointment to his Majesty the King of England

Harmsworth opened the door to the British Empire. His idea was to convince the British army in the Indies of the unique qualities contained within his bottle. After becoming widely known in the colonies, Perrier water was enjoyed at Buckingham Palace and, in 1905, Harmsworth gained the title of “Purveyor by Appointment to his Majesty the King of England”. Then, in 1908, at the Franco-British exhibition in London, Perrier water was awarded the Grand Prize for Mineral Water Sale of the Year (Grand Prix des EauxMinéralesVente de l’Année), having sold 5 million bottles. At that time, Perrier was better known in London, Delhi, and Singapore than in Paris.

Abbey Cooks Entertain

Sadly, garden party season will soon be over, so don’t miss out on the chance to host your own party.  I have a whole section of my book dedicated to having tea outside.

With 220 traditional Downton era recipes with a modern twist, this is a great book to create some simple or complex dishes for your Mary or Anna.   This 432 page ebook sells for $7.95. Book sales help offset my costs in food, equipment and time to keep bringing you new dishes each week.

While the book is available on Amazon, you can only get a signed copy here on my site.

If you don’t have an eReader I would suggest the PDF version which allows you to print recipes as you go, if you wish. Buy one for yourself, gift to another.  All you have to do is email the download link to your loved ones.

Poached Eggs

from Abbey Cooks Entertain

I found myself in my brother’s kitchen this summer teaching him how to make poached eggs.  I was surprised that he was keen to learn until he revealed that his girlfriend loves them and he didn’t have one of those special pots to make them for his sweetie.

There are all sorts of gadgets on the market, but you really only need a pot.   I love watching eggs take a dip in a bubbling hot bath. Using fresh eggs will ensure the best results, otherwise the whites may not cling to the yolk.

Serves 2–4

Ingredients

  • 4–6 fresh eggs
  • 1/3 cup vinegar (or 2.5 tbsp. per quart)

Method

  1. If you add 2 quarts of water to 8 inch round saucepan, you get a depth of 2 ½ inches. Add more water to get that depth in your pot, adding more vinegar as needed. Set the water boiling.
  2. Prepping: to get some help with a successful poach, try making a pinhole in the large end of the egg, and dip in boiling water for 10 seconds to help the egg whites coagulate. Take it out immediately.
  3. Crack an egg into a small cup, place the cup close the water and let the egg gently slide into the water, then reduce the heat to simmer. Set the timer for 4 minutes. Repeat with the other eggs, adding them around the edge of the pan.  I like to stir the water a couple of times just after the eggs go in which also helps the whites cling to the yolk.
  4. The eggs are done when the whites are set but the yolk is still runny. Remove with a slotted spoon, placing in a bowl of warm water to remove the vinegar and to keep warm until you are ready to use.

Your Downton Wish List

 Jessica Fellowes latest book is coming out this Fall.

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